Faire découvrir la flore de la châtaigneraie du Mercantour
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1) Notre vision
Isola a un terroir et un éco système trés riche. La commune est également une terre de châtaigniers. La châtaigne a été un produit de subsistance pendant des siècles. Aujourd'hui c'est l'emblème de notre terroir de montagne.
La municipalité a souhaité faire du Conservatoire-Jardin d’Isola un lieu ouvert à tous pour faire découvrir la flore de la châtaigneraie du Mercantour, afin de mieux la conserver, la protéger et la valoriser.
Né d’un partenariat entre la commune d’Isola, l’AFA (Association Foncière Agricole), Biophyto, le Parc national du Mercantour et CHANEL, ce jardin vivant conjugue patrimoine agricole, innovation botanique et sensibilisation à l’environnement. Il abrite une châtaigneraie traditionnelle et des variétés nouvelles ainsi qu’une collection de plus de 100 espèces de plantes de montagne, soigneusement préservées et mises en scène.
Ce jardin botanique ouvert à tous est pensé comme un espace de transmission, de découverte et de résilience face aux enjeux climatiques de demain.
2) Nos missions
- Préserver la diversité du châtaignier, tester la résistance au réchauffement climatique de variétés originaires de Colobrières, de Naples...pour que la châtaigneraie survive dans le temps, en dépit de l'évolution climatique.
- Conserver les variétés de châtaigniers de l’espèce Castanea sativa.
- Préserver et valoriser les plantes de montagne locales médicinales et alimentaires.
- Sensibiliser à la biodiversité alpine
- Présenter les espèces pour éduquer, informer sur leur emploi et sensibiliser le grand public, le public scolaire et régional, à leur vulnérabilité et à la fragilité des écosystèmes.
- Transmettre les savoirs et la culture
3) Le Jardin
Le Conservatoire-Jardin est aménagé en terrasses. Il est conçu comme un espace pédagogique et scientifique, pour petits et grands. Des panneaux explicatifs décrivent les plantes des différents secteurs/allées du jardin( le châtaignier, la flore spontanée, les crassulacées, le solidage, évolution du paysage dans l'histoire, l'environnement végétal de la chataigneraie...). Dans les bacs mêmes, des étiquettes métallisées indiquent le nom de chaque plante. Chaque panneaux et étiquettes possèdent un QR code qui renvoie sur un site dédié (https://www.conservatoire-jardin-isola.com) et offre de nombreuses informations complémentaires sur les plantes, les arbres et l'histoire de ce jardin.
Le châtaignier
Arbre emblématique des Alpes du Sud, le châtaignier façonne les paysages et les traditions locales depuis des siècles. Le jardin lui consacre un espace dédié pour comprendre son importance, ses usages, et sa préservation.
La flore
Le jardin présente une sélection de plantes typiques de l’étage montagnard et subalpin, adaptées au climat, à l’altitude et aux sols alpins. Ces espèces sont identifiées, cartographiées et mises en scène selon des parcours thématiques.
Dans quel contexte cette bonne pratique s'est-elle installée ? Quels étaient les objectifs poursuivis ?
Le constat de départ est simple et toujours d'actualité: On ne protège bien que ce que l'on connait bien.
La flore d’Isola est un trésor entre mer et montagne La région des Alpes-Maritimes est l’un des foyers de biodiversité les plus riches de France : 60 % de la flore française y est recensée, grâce à sa situation unique entre mer et montagne.
Le Conservatoire-Jardin d’Isola est le fruit d’une aventure humaine, scientifique et agricole portée par trois passionnés :
Jean-Paul Gherardi, président de l’association Biophyto, spécialisée dans la recherche, l’étude et la protection des plantes sauvages des Alpes du Sud,
Jean-Paul Blanc, président de l’Association Foncière Agricole de la Châtaigneraie de la vallée de la Tinée et de la Vésubie (AFA),
Nicola Fuzzati, directeur du Département Innovation et Développement Matières, CHANEL Parfums Beauté.
Une histoire de rencontres
« C’est l’histoire de deux rencontres », explique Jean-Paul Gherardi.
La première, en 2008, avec Jean-Paul Blanc et l’AFA, autour d’un objectif commun : sauver la châtaigneraie d’Isola, alors en friche. À cette époque, Biophyto mène des recherches botaniques en partenariat avec l’Université Côte d’Azur. Le courant passe rapidement entre les deux associations, qui décident de travailler ensemble.
La seconde rencontre, en 2014, marque un tournant. Nicola Fuzzati, alors directeur de la recherche chez CHANEL, s’implique dans le projet.
« Sous son impulsion, l’exploration des espèces végétales à vocation cosmétique s’intensifie. De ces rencontres allait naître l’idée du Conservatoire-Jardin d’Isola. »
Le développement du projet en détails
C’est dans ce contexte qu’en 2008, deux associations unissent leurs forces :
Biophyto, spécialisée dans la recherche, la valorisation et la protection des plantes sauvages à usage médicinal ou cosmétique.
l’AFA, engagée dans la réhabilitation des châtaigneraies.
Leur partenariat, concrétisé par une convention, vise à concilier préservation de la flore locale et valorisation de ressources végétales.
Entre 2008 et 2010, un groupe de travail est mis en place, en collaboration avec l’Université Nice Sophia Antipolis et avec le soutien du Conseil départemental des Alpes-Maritimes. Biophyto fonde un comité scientifique réunissant un botaniste, un ingénieur écologue (spécialiste des relations entre les êtres vivants et leur environnement), et l’ancien directeur du Conservatoire Botanique National Méditerranéen de Porquerolles.
De 2010 à 2012, un inventaire de la flore de la châtaigneraie du Mercantour est réalisé. En 2014, la rencontre avec le Directeur de la Recherche en Cosmétique de CHANEL permet d’intensifier l’exploration des espèces à potentiel.
Biophyto, l’expertise botanique au service du vivant
Dans ce projet, l’association Biophyto assure la sélection, l’installation et le suivi des espèces végétales implantées dans les bacs du jardin. Elle accompagne également la formation du jardinier et des agents en charge des visites guidées.
Pour Jean-Paul Gherardi, président de l'association, le Conservatoire-Jardin est aussi un engagement personnel :
« Durant ma carrière de journaliste, j’ai pris conscience de la richesse de la flore du Mercantour. Une richesse trop souvent ignorée dans les Alpes-Maritimes, et menacée par le dérèglement climatique. La devise du jardin, « On ne protège bien que ce que l’on connaît bien », incarne aussi l’engagement de Biophyto. »
Le rôle de CHANEL et l’élan vers Isola 2000
La rencontre avec Nicola Fuzzati, directeur du Département Innovation et Développement Matières, CHANEL Parfums Beauté, donne une nouvelle orientation au projet.
« Très vite, nous avons vu que nos motivations se rejoignaient, notamment pour valoriser le cirque montagneux d’Isola 2000. »
C’est à la suite d’une sortie à Isola 2000 que l’idée du Conservatoire-Jardin prend forme. Après plusieurs pistes infructueuses, Isola est choisie. Malgré les obstacles, dont la crise sanitaire, le projet finit par voir le jour.
Une châtaigneraie en renaissance
Côté agricole, l’AFA a joué un rôle clé dans la préservation et la valorisation de la châtaigneraie d’Isola.
Jean-Paul Blanc, président de l’association, raconte :
« Je suis tombé dans les châtaigniers à l’initiative de Raymond Gibert, enfant d’Isola et héritier d’une tradition agricole locale. À l’époque, j’étais maire de Roure et en charge de l’agriculture pour toute la vallée de la Tinée. Raymond voulait remettre en état les châtaigneraies, mais manquait de moyens. On a créé l’AFA en 2004 à Isola, et lancé un programme de réhabilitation. »
Dès le départ, une dimension économique est intégrée au projet :
« Pour motiver les propriétaires, il fallait qu’ils y trouvent un intérêt. La commune nous a mis un local à disposition, et nous avons pu créer un atelier de transformation. La crème de marron est née ici, à Isola. »
Chiffres clés de l’AFA :
204 adhérents aujourd’hui (contre 50 au lancement)
75 hectares de châtaigneraies suivis
6 tonnes de châtaignes transformées la dernière saison
25 000 pots de crème de marron produits
Un conservatoire pour demain
L’AFA vise aussi la durabilité à long terme, avec la création d’un conservatoire de variétés.
Objectif : préserver une trentaine de châtaigniers adaptés aux évolutions climatiques.
« Nous avons intégré des variétés locales, mais aussi des plants issus de Collobrières et même de Naples. Une étude menée avec CHANEL montre qu’en 2050, le climat d’Isola ressemblera à celui de Naples. »
Un lieu à partager
Pour Jean-Paul Blanc, l’essentiel reste à venir :
« Ce Conservatoire-Jardin est celui des Isoliens. Il faut qu’ils se l’approprient. C’est aussi une opportunité touristique pour la commune, mais surtout un outil de formation pour les jeunes, les guides, les écoles… »
Aujourd’hui, à l’heure de son ouverture, Jean-Paul Gherardi se dit à la fois satisfait et vigilant:
« Ce jardin incarne l’alliance entre tradition agricole, innovation botanique et engagement environnemental. Mais le plus dur commence : transmettre, entretenir et faire vivre ce patrimoine. »
Le Conservatoire-Jardin d’Isola est un lieu vivant, entre mémoire et avenir, science et tradition, nature et culture.
Quelles ont été les difficultés rencontrées ?
Après la réalisation des appels d’offres, les entreprises retenues étaient 100 % locales et compétentes pour la réalisation des différents lots (Murs en pierres sèches, terrassements, rénovation bâtis anciens) Le chantier a donc démarré en 2019.
En 2020 l’épidémie de Covid nous a obligé à interrompre le chantier qui n’a pu reprendre qu’en 2021 avec une disponibilité des entreprises perturbée.
Compte tenu des périodes de plantations la réalisation finale a connu deux années de retard et la totalité des travaux a été achevée fin 2024.
Et après ?
Quel est votre retour d'expériences ?
Depuis son inauguration et son ouverture au public (fin juin 2025) l’adhésion de la population isolienne est totale et les villageois sont les premiers ambassadeurs du «Conservatoire-Jardin ».
Une action a été menée avec les enfants des écoles du village au travers d’une exposition de photos qu’ils ont réalisée: des plantes sauvages poussant sur le territoire de la commune et identifiées par le botaniste du conservatoire. A partir du printemps prochain, d’autres actions seront initiées auprès des écoles de la vallée et en partenariat avec le Parc National du Mercantour.
Des visites guidées ont été organisées tous les week ends de juin à septembre, par l'office de tourisme. Et tous les jours de la semaine, les portes du jardin étaient ouvertes pour des visites libres, en présence du jardinier. Une dizaine de groupes ont été reçus et accompagnés par les botanistes du jardin. Notamment des groupes de clubs de randonnée, tous intéressés par la biodiversité de nos chemins et de notre territoire. A noter aussi un groupe d’une cinquantaine de personnes, venues de Pologne, pour découvrir nos systèmes d’arrosage par canaux d’irrigation ainsi que les cultures de montagne et les plantes alpines.
La volonté de tous est de faire de ce Conservatoire Jardin un lieu de vie et de vie culturelle. Nous avons également organisé l'un des concerts de notre festival de musique éco responsable: L'Isola du Jazz ( avec une visite du jardin, mise en lumière de notre patrimoine végétal et dégustation de produits du terroir).
