NEIGE : plaisir et sécurité

AVANT DE PARTIR
1. Informez-vous :
• bulletin des prévisions météorologiques sur le 08.92.68.02.XX
(XX : n° du département pour lequel on veut la prévision), ou sur 3615 Météo ;
• bulletin d’estimation du risque d’avalanche (BRA) sur le 08 92 68 10 20, sur 3615 Météo ou www.meteo.fr.

La consultation de ces bulletins, pour une information générale, doit devenir un réflexe, mais elle ne dispense pas d’une information locale :
• professionnels, en particulier pisteurs-secouristes, guides de montagne ;
• panneaux d’information aux bas et aux sommets des remontées mécaniques ;
• drapeau avalanche ;
• filets et cordes : ne pas les franchir, ils vous protègent de barres rocheuses, de rochers ou de pentes avalancheuses.

2. Équipez-vous :
portez sur vous un ARVA (appareil de recherche de victime d’avalanche) dont vous avez appris au préalable le fonctionnement et la façon de l’utiliser.
• contenu du sac à dos (matériel de sécurité en terrain non glaciaire) :
• pelle, sonde, qui sont les deux auxiliaires indispensables de l’ARVA ;
• vivres de course, boisson ;
• vêtements chauds, bonnet, gants ou moufles ;
• lunettes de soleil, crèmes solaires (visage et lèvres) ;
• plan des pistes, carte au 1/25000e, boussole et altimètre ;
• couverture de survie, pharmacie, couteau, bougie et briquet.

3. Ne partez pas seul, mais choisissez bien vos compagnons : combien (un petit groupe est plus facile à gérer) ? Quel niveau technique ? Quelle forme physique ? Quelle expérience de la montagne ? Quels rapports entre vous ?

4. Etudiez l’itinéraire sur la carte ou le plan des pistes :
• adaptez votre itinéraire aux conditions météorologiques (le temps), nivologiques (la neige), topographiques (le terrain) et humaines (les personnes : niveau technique et physique du plus 'faible ' du groupe), en pensant en particulier à ne pas rentrer trop tard ;
• faites connaissances avec le terrain : faites-vous une idée des pentes et des ruptures de pentes pour prévoir des passages éventuellement délicats et des itinéraires de repli.

5. Signalez l’itinéraire et l’heure approximative de votre retour à des parents, amis, ou en laissant un mot sur le pare-brise de la voiture.


PENDANT LA SORTIE
Un certain nombre de précautions doivent être prises sur le terrain afin de se déplacer dans des conditions maximales (mais pas toujours totales !) de sécurité :

Dès le départ de la sortie :
• se compter pour savoir combien on est (cela permettra de n’oublier personne en cours de route ou en cas d’accident) ;
• tester systématiquement son ARVA (émission, réception et portée) ;
• mettre son ARVA sur soi en position 'émission' (on ne l’éteindra qu’au retour, la sortie terminée).

Prendre en compte la réalité et l’évolution (et non plus les prévisions) des conditions nivo-météorologiques, topographiques et humaines pour choisir son itinéraire :
la météo : surveiller en particulier les chutes de neige ou de pluie, le vent, la température de l’air et le soleil, la présence de nuages et de brouillard (la perte de visibilité ou le 'jour blanc' sont des facteurs aggravants, car ils rendent difficiles voire impossible les observations visuelles) ;
la neige : surveiller en particulier la consistance de la neige, les liaisons entre les différentes couches (bloc ou coin glissant), l’existence en profondeur de couches fragiles (gobelets ou faces planes, givre de surface, neige roulée) ou de plans de glissement (croûte de regel), l’épaisseur de neige fraîche (mais attention : un manteau neigeux peu épais n’est pas pour autant stable), la présence d’indices signalant un transport de neige par le vent (irrégularités dans l’épaisseur de neige récente, zones d’érosion de la neige et zones d’accumulation, corniches, surface de la neige travaillée par le vent, etc) et l’humidification passée ou en cours du manteau neigeux ;
le terrain : les facteurs influençant la stabilité du manteau neigeux sont l’altitude (limite pluie-neige), l’exposition par rapport au soleil, l’inclinaison et le profil de la pente, ainsi que la topographie locale (combes et couloirs, croupes, crêtes, arêtes, cols, barres rocheuses, séracs, etc) et son orientation par rapport aux vents dominants ;
les hommes : condition physique, niveau technique.

La présence de traces n’est absolument pas un gage de stabilité :
ne pas suivre n’importe quelle trace sans réfléchir.
Quelques précautions en cas de doute sur la stabilité d’un passage obligé (mais ne faudrait-il pas pratiquer le 'doute systématique' ?) :
• enlever dragonnes et lanières de sécurité des fixations de ski ou du snowboard ;
• ne pas skier regroupés, mais laisser des distances entre les membres du groupe, voire n’engager qu’une seule personne à la fois dans la zone présupposée dangereuse ;
• se surveiller mutuellement ;
• prévoir des zones de sécurité où l’on pourra attendre et surveiller les autres membres du groupe, ou vers lesquelles on pourra s’échapper en cas d’avalanche ;
• ne pas s’arrêter à l’aval direct de la trajectoire des suivants, mais dans une zone de sécurité ;
• déchausser permet de remonter dans la ligne de plus grande pente sur le bord de la zone dangereuse (et évite donc d’avoir à faire des traversées hasardeuses), ou de progresser dans une zone très peu enneigée, mais plus sûre ;
• évoluer 'en douceur' en évitant si possible tout virage brutal et pire, toute chute.
• ne pas hésiter à faire demi-tour si les conditions sont trop douteuses ou risquent de le devenir avant le retour en lieu sûr !

Ces mesures peuvent être appliquées dès le moindre doute (et même avant) : elles 'ne coûtent pas cher', ne perturbent pas (pour la quasi-totalité d’entre elles) la progression, et peuvent minimiser les conséquences d’un accident au cas où le danger n’aurait pas du tout été suspecté.


CHRONIQUE CONSEILS PRATIQUES
En hors-piste, espacez-vous

S'il est vrai que l'on peut estimer le risque d'avalanche à l'échelle d'un massif (ce que fait Météo France, dans son bulletin d'estimation des risques d'avalanches au 08 92 68 10 20), il est par contre très difficile de l'estimer localement, à l’échelle d'une pente. Or, c'est justement ce qui vous intéresse, vous qui voulez profiter d'une belle descente, ou qui allez remonter ce couloir ou ce versant pour atteindre un col ou un sommet.

Les connaissances sur les avalanches, la pratique et l'expérience de la montagne hivernale, les informations que vous aurez pu obtenir par Météo France et auprès des professionnels locaux ainsi que vos observations sur le terrain vous permettront d'estimer la stabilité du manteau neigeux. Mais l'appréciation du risque n'est pas toujours facile et l'erreur est humaine, même pour les plus expérimentés.

Vous pouvez heureusement prendre quelques précautions supplémentaires en cas de doute sur la stabilité d'un passage obligé, pour mettre le maximum de chances de votre côté.

Dans un groupe, vous devez en particulier augmenter les distances entre vous. En effet, l'avalanche déclenchée par le passage de plusieurs personnes est due à la surcharge trop importante qu'elles imposent au manteau neigeux. Or, la sensibilité du manteau neigeux à cette surcharge (et donc le risque d'avalanche) varie en fonction de la distance qui sépare ces personnes. Ainsi, d'une façon générale, plus les personnes sont rapprochées, plus la probabilité de déclencher une avalanche est grande. Par contre, plus la distance entre les membres d'un groupe augmente, moins la probabilité de déclencher une avalanche est grande. Il n'existe pas de distance type à respecter. En fonction de la situation, elle pourra être de 10 ou 20 m, comme de 50 à 100 m, voire plus. Dans les cas les plus critiques, vous ne devrez passer qu'un par un dans la pente en question, et attendre les suivants en un lieu sûr, en les surveillant.

Cette précaution permet aussi de limiter les conséquences d'un accident : dans le pire des cas, seule une personne sera emportée par l'avalanche, et les autres pourront la rechercher.

Alors pensez-y, au moindre doute, espacez-vous : ça n'est pas difficile, et cela peut vous sauver la vie



CHRONIQUE IDEES FAUSSES
Ne suivez pas n'importe quelle trace

La neige, sur une pente qui n'est pas damée, n'a pas un comportement facile à comprendre. La plupart du temps, elle tient sur cette pente. Mais il arrive qu'au passage d'un skieur ou d'un snowboarder, elle se mette en mouvement vers le bas : c'est l'avalanche !

Pour se faire une idée de la stabilité du manteau neigeux (c'est-à-dire de sa capacité à ne pas donner d'avalanche), il existe un certain nombre d'indices. Mais les renseignements qu'ils apportent ne sont pas toujours faciles à interpréter.

Ainsi, que devez-vous penser d'une pente enneigée qui comporte des traces de ski ou de snowboard ? Pour beaucoup (voire presque tout le monde), c'est bon signe : si cette pente était avalancheuse, elle serait descendue au passage de ces skieurs ou snowboarders. L'avalanche n'a pas eu lieu, donc la pente est sûre.

Eh bien non ! Ce raisonnement n'est pas toujours valable. En effet, les premiers passages qui n'ont pas déclenché l'avalanche, ont peut-être fragilisé le manteau neigeux, qui est donc encore plus susceptible, après ces passages, de partir en avalanche. De plus, entre le moment où ces traces ont été faites, et le moment où vous arrivez en haut de cette pente (ou en bas, amis randonneurs) pour vous y élancer, les conditions météorologiques ont pu transformer la neige, et en particulier rendre le manteau neigeux plus fragile. Alors que la pente était stable quand les traces ont été faites, elle peut ne plus l'être quelques heures après (et a fortiori le lendemain ou les jours suivant). Enfin, vos prédécesseurs ont sans doute pris des précautions décisives que vous ne prendrez peut-être pas vous-mêmes. Par exemple, skier léger, sans tomber. Ou encore, prendre des distances, ce qui peut aller jusqu'à ne descendre qu'un par un, et attendre en un lieu sûr, que tout le groupe soit passé.

Ainsi, la présence de traces sur une pente enneigée n'est pas une garantie absolue de stabilité du manteau neigeux. Autrement dit, ça n'est pas parce qu'il y a des traces sur une pente que ça ne craint rien !


Pour en savoir plus