UNE ÉVOLUTION PERPÉTUELLE
Quand on vous parle de nouvelles tendances, on vous fait miroiter du tout beau et totalement original. Or, dans le monde de la montagne, rien n’est aussi radical qu’on veut bien le dire. Les évolutions se font par touches progressives. En 2005/06, fidèle à l’esprit développé les années passées, le ski, le surf et les autres glisses alpines seront toujours plus ' nature '.
L’entraide universelle Dans l’univers de la glisse alpine, les mondes autrefois éloignés se sont rapprochés. Le ski alpin et le surf, en particulier, après avoir emprunté des chemins opposés, suivent des traces parallèles entre lesquelles des ponts sont jetés. Si bien que le ski a fini par profiter des apports du surf (et réciproquement), la piste a imité l’esprit du hors-piste, le débutant a utilisé les techniques du compétiteur, etc. De même, la taille d’un surf s’applique au ski, un ski large de poudreuse influence un ski de piste pour qu’il devienne plus polyvalent, la légèreté d’un ski de randonnée sert aux modèles destinés aux femmes pour la piste, la souplesse de certaines chaussures est utile à la recherche du compromis idéal confort/tenue de pied pour d’autres…
Si vous êtes très ' ski de piste ' Sur les pistes, le plaisir renouvelé du ski alpin est passé par l’émergence désormais générale des skis paraboliques, dont le ' carving ' est l’expression technique la plus aboutie. Avec un parabolique, l’apprentissage a subi un sacré coup de jeune : ' Plus personne ne peut dire qu’il est largué ! ', dit Hervé Anselme (1). Mieux, l’évolution considérable du matériel permet aujourd’hui de posséder des skis dont l’étendue des utilisations est énorme. Avec une même paire, on apprend à tourner plus facilement en virage élémentaire, à acquérir tout de suite les premières notions d’appui, à progresser rapidement en pilotage, pour accéder au fameux virage coupé. Du coup, la segmentation skis débutants/confirmés/pros a beaucoup perdu de son sens. Les skis de pistes, courts et très taillés, ont à la fois gommé les oppositions ski/surf et aboli la ségrégation débutants/bons skieurs, les premiers trouvant des sensations aussi rapidement que les seconds. Mais attention, un ski ne vous autoguidera jamais et ne réagira pas aux ordres de votre voix : l’apprentissage reste d’actualité et les moniteurs diplômés sont la clef du mode d’emploi.
Comme un luna-park Le mariage réussi entre la piste traditionnelle, le hors-piste, puis le ' freestyle ' développé par le surf, a modifié la nature des sensations. Skieurs et surfeurs se lancent aujourd’hui dans le plaisir de la glisse en recherchant une plus grande osmose avec le terrain naturel. Ils disposent pour cela de matériels adaptés au plus grand nombre de situations. Ainsi, les skieurs veulent se jouer des obstacles naturels, bosses, virages relevés, petits sauts, avec des skis alpins issus de la pratique du Géant. Pour encadrer cette approche, de nombreuses stations mettent à la disposition des pratiquants des terrains aménagés pour la pratique du boarder-cross (en surf) et du ski-cross (à skis). Chacun peut même y mesurer son niveau, sous forme de compétition en parallèle, avec des descentes à quatre skieurs ou surfeurs de front. Plus besoin de se fier au chronométrage de la cellule : le premier en bas a gagné. Un tel exercice permet de travailler la coordination des gestes, la vitesse de réaction et d’exécution, l’anticipation…
L’appel de la nature Les pratiquants, aujourd’hui, ne se restreignent pas seulement aux parcs sécurisés et délimités, préférant souvent succomber à l’appel de la nature. Pour l’occasion, skis et surfs se sont rejoints dans une même pratique, le ' freestyle back-country ' (ou style libre pour un retour à la nature !). Pour cela, les skis ont désormais les talons relevés comme les spatules avant pour pouvoir glisser même en arrière (c’était déjà le cas des surfs ' twin tip '), leur largeur est supérieure aux planches traditionnelles pour une meilleure portance sur la poudreuse, leur longueur plus faible pour des virages plus aisés. Et voilà l’instrument idéal pour tourner, virer, sauter, virevolter, sur les bosses naturelles de la piste, entre les arbres, à côté des pistes, dans les combes et les couloirs hors-piste.
Les techniques d’apprentissage À skis différents, techniques différentes. Les moniteurs ont profité de l’apport de sensations nouvelles, dictées en particulier par les skis paraboliques, pour rendre la pédagogie plus ludique, plus individualisée, même au sein des cours collectifs : chacun ne travaille plus forcément le même exercice que son voisin, parce qu’il n’y a pas de recette universelle. Chaque skieur traduit ses sensations à sa façon. Comme le ski évolue, les moniteurs aussi. Même si l’acceptation des glisses dites nouvelles et des modifications de pédagogie en général n’a pas toujours été facile, la sensibilisation est désormais réelle : dans le cursus de sa profession, un moniteur ESF qui passe la barre des 38 ans a l’obligation de suivre un recyclage annuel, sanctionné par un examen. D’autre part, un recyclage, volontaire celui-là, est proposé aux moniteurs, avec une forte demande sur les techniques liées à la sécurité hors-piste.
Toujours plus loin Enfin, le moniteur est devenu une force de propositions et d’initiatives : c’est à lui de donner envie à ses clients d’essayer un jour le télémark, un autre le ski de fond ou la raquette, de le mener à d’autres sensations comme le ski de vitesse sur les pistes sécurisées de KL (kilomètre lancé). Pour cela, il peut organiser, avec d’autres professionnels, des séances de découverte de ces activités à forte valeur-plaisir ajoutée. La montagne est plurielle et les moniteurs diplômés sont les meilleurs garants de l’art de la conjuguer à tous les temps. ' L’idée, c’est de dire que le virage de compétition n’est une obligation pour personne, qu’il y a bien un ' s ' à sports d’hiver, et que toutes les journées sont belles, même quand il neige ', conclut Hervé Anselme.
(1)- Hervé Anselme, ancien membre de l’équipe de France de ski alpin, est professeur à l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA),guide de haute montagne et l’un des conseillers techniques du Syndicat national des moniteurs du ski français.
En savoir plus
|